18/11/2014

"Demander à un auteur de parler de son travail, c'est comme demander à une oie de parler de son foie gras" Proust


Il est venu, il a vu et il a vaincu, enfin presque. Le "Che Guevara du Flore" alias Frédéric Beigbeder nous a accordé 1h15 de son précieux temps, alors en plein bouclage de Lui, la fameuse revue qu'il a remis au goût du jour.
Selena Théret, apprentie journaliste révise la fiche Wikipédia de l'écrivain avec une certaine audace ...

A suivre...

Amicalement vôtre,
Yoko

Le Maroc à l'heure Nyada à L'Institut du monde Arabe


Loin des clichés touristiques, le Maroc est le berceau d’une renaissance artistique importante. « Nyada », en français renaissance, est arrivée. Comme l’explique le commissaire général de l’exposition, Jean-Hubert Martin : « un grand espoir est né avec l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI puis avec les printemps arabes. »


La révolte au cœur des œuvres marocaines
Un besoin de liberté jaillit de partout. En 2000 la jeunesse marocaine s’intéresse à la critique politique et sociale. Dominique, 65 ans, est une enseignante à la retraite. Cette habituée du Musée a voyagé au Maroc plusieurs fois. Elle constate que « plus un pays est oppressé, contraint, plus il y a de la création, plus les artistes se manifestent.. » Les artistes interrogent ainsi les conventions et réagissent. C’est le cas de Batoul S’Himi qui présente une cocotte-minute comme analogie de la montée de la révolte sourde des printemps arabes.

D’autres ont à cœur de dénoncer des événements préoccupants comme Driss Rahaoui qui rend hommage à un groupe d’ouvriers mineurs décédés dans l’explosion d’une mine, au travers d’une installation en noir et blanc. D’autres, éprouvent le besoin de s’exprimer face aux situations alarmantes de l’immigration clandestine par exemple.

Les artistes témoignent à leur façon : absurdité, réalisme et ambiguïté
Ces artistes de la renaissance marocaine n’hésitent pas à mêler le fantastique au réel : l’extraterrestre E.T qui se rend à la mosquée par exemple, où le monstre du Loch Ness qui se baigne aux alentours d’une ville marocaine. Ils témoignent à leur façon des réalités diverses qui existe dans leur société marocaine actuelle. Et cela passe pas des séries de photos absurdes comme celle qui représentent des scènes de classes invraisemblables, ou celles qui mettent en lumières des ânes pour évoquer le système oppressant.

Après le fantasme, les artistes se prennent à organiser, détruire et combiner différents matériaux. Une œuvre attire les plus jeunes : c’est une bête sauvage faite de cirage, de pâte à papier et d’une couverture de survie. « The challengor » du plasticien Max Boufathal fait partie des créations qui illustrent les réflexions des artistes marocains contemporains : qu’est-ce qu’une forme ? Où s’arrête le réel ? Mohamed Tabal, André Elbaz, Yasmina Ziyat tous ont des techniques différentes. Qu’il s’agisse de tableaux surchargés de figures et de couleurs pour l’un, de coupages et de collages pour l’autre ou encore de tissus, chacun s’exprime avec des matériaux dis « pauvres ». Ils cherchent à traduire leur vision du monde avec ces matières inattendues.
Malgré un manque d’information certain, une œuvre fascine : une pyramide opaque est plantée en plein milieu d’une salle. A l’intérieur il fait sombre. Il faut lever la tête pour admirer le « bouquet-suspension » de 77 fleurs lumineuses. Elles représentent les branches de la foi musulmane et sont calquées sur le rythme des battements du cœur.

L’artiste incompris est méprisé
Mais le message des artistes est parfois bien difficile à percevoir et l’esthétique, la forme prennent souvent le pas sur le fond. « Comme à chaque fois qu’il est question d’art contemporain il y a des choses magnifiques et d’autres dérangeantes » c’est la conclusion de Fatiha, une française d’origine marocaine venue visiter l’exposition consacrée au Maroc contemporain à l’Institut du Monde arabe ce jeudi 30 octobre. La jeune femme de 38 ans, accompagnée de ses trois enfants pour « leur faire découvrir leur pays d’origine » regrette le manque d’informations relatives aux œuvres, dont certaines sont « glauques » ou « choquantes » selon elle. Elle explique ne pas retrouver le Maroc qu’elle connait, autrement dit le Maroc plus traditionnel. Et Fatiha n’est pas la seule à avoir un avis mitigé : Karim est pompier et assure la sécurité incendie au musée. Il réprouve totalement l’exposition et s’énerve : « ça n’a rien à voir avec le Maroc, c’est vulgaire ! »

L’étage qui pose le plus problème est celui consacré aux femmes. C’est l’endroit qui intrigue le plus : les visiteurs ont perdu le fil de l’exposition et sont dans l’incompréhension. Car les œuvres exposées à cet étage militent pour la liberté de disposer de son corps. Les plus réfractaires dénoncent les photos de femmes nues, ou la vidéo d’une femme voilée qui a les jambes découvertes. Mais Moulim El Aroussi, le commissaire général associé qui est aussi l’ancien directeur des beaux-arts de Casablanca souligne l’importance de l’engagement en tant qu’artiste : « beaucoup d’artistes pensent que s’ils sont taxés de révoltés, de révolutionnaires, ils ne seront plus achetés. » Il insiste : « Mais il faut assumer. Si une fille se dénude pour exprimer la torture de son corps, ceux qui ne s’intéressent qu’à la dimension esthétique n’achèteront pas son œuvre. Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne doit pas le faire. Un artiste doit avoir le courage de s’engager. »



L’art comme gardien des traditions
Pourtant l’exposition présente bel et bien un pays fier de son artisanat, un territoire marqué par des coutumes singulières. On y découvre les pionniers marocains, ces artistes qui dès les années cinquante relèvent le défi de la créativité entre tradition et modernité.

L’odeur du cuir emplit un coin de la galerie où quelques visiteurs s’attardent ; un petit salon, symbole de l’art de vivre au Maghreb, a été créé pour l’événement. De grands tapis colorés issus de deux coopératives de Ouarzazate (dans le sud du Maroc) ornent le sol. Au plafond, deux lustres signés Younes Duret, témoignent également de l’impressionnant savoir-faire marocain. Quatre ou cinq poufs en peau de vache et recouverts de longs poils doux invitent les visiteurs à s’asseoir. Reda Bouamrani a réalisé une assise souple et a soigné les coutures marquées. Signe que la tradition n’est pas perdue, au contraire.

Quelques mètres plus loin, de grands tableaux aux couleurs très vives sont accrochés au mur à la suite les uns des autres. C’est l’artiste Mohamed Melehi qui en est l’auteur. Derrière ces formes géométriques où les courbes et les lignes s’entremêlent, se cache de l’érotisme sagement dissimulé. Tellement bien dissimulé que rien n’est choquant : le travail de peinture est propre et beau, aucune ambiguïté n’est percevable de prime abord.  

Une exposition 100% marocaine 
Stanislas a 36 ans, il est médiateur à l’IMA et peintre. Il tient à préciser que « tous les artistes exposés sont Marocains. » Un détail pour certains mais un élément fondamental de l’exposition pour son commissaire Jean-Hubert Martin, qui rappelle que « jusqu’à une date récente, il était impossible d’organiser une exposition sur le Maroc sans montrer Matisse, Klee ou tel autre Européen pour l’introduire ».  Il ajoute : « cette exposition est importante non seulement pour les quelques 80 artistes qu’elle présente, mais aussi parce qu’elle témoigne d’un intérêt nouveau pour de nouvelles scènes artistiques. »

Toutes les infos sont sur le site de l'IMA
Amicalement vôtre,
Yoko

06/11/2014

David-Xavier Weiss, schizophrène politique ?

David-Xavier Weiss n’a qu’une trentaine d’années mais un parcours déjà bien chargé. Le jeune secrétaire national de l’UMP en charge des médias et des nouvelles technologies, est d’abord passé par l’ESJ-Paris avant d’obtenir un master en sciences politiques. Ancien militant au Parti Socialiste, il change de cap en intégrant le cabinet de Jean-François Copé en 2004. Un revirement qui n’échappe à personne et surtout pas aux journalistes de l’ESJ qui n’épargnent pas David-Xavier Weiss lors de son intervention.

Comment peut-on être encarté à l’UMP en 2014 ?
Je vous retourne la question… comment fait-on pour être au PS en 2014 ? Non, la question est plutôt de savoir « comment on adhère à un parti politique quand on est jeune ? » Les partis ont du mal à laisser une place aux jeunes. Ils sont davantage utilisés pour parfaire la vitrine de certains partis qui veulent redorer leur image.  On ne leur fait pas assez confiance pour leur confier des postes à responsabilité.

Comment expliquez-vous votre changement d’adhésion politique ?
Alors que j’avais été un peu déçu par l’attitude de Lionel Jospin qui a abandonné sa famille politique, j’ai reçu une offre d’emploi pour travailler dans le cabinet de Jean-François Copé. Cette opportunité d’embauche qui était plus alimentaire au début puisque je finissais mes études à l’ESJ-Paris, s’est transformée en réelle adhésion. Le personnage de Copé m’a séduit. Ca été une rencontre intellectuelle et politique. J’ai malgré tout gardé quelques convictions de « gauche » comme l’approbation du mariage pour tous par exemple. En revanche je me suis retrouvé dans le positionnement libéral en économie de l’UMP.

Vous entendez-vous toujours politiquement avec vos collaborateurs ?
Je n’ai pas toujours été en phase avec mon parti notamment lors de la désignation de Valérie Pécresse où j’ai préféré soutenir Jean-Paul Huchon (PS) ce qui m’a mis en porte à faux dans mon propre camp. Ou plus récemment lorsqu’il a été question du mariage pour tous. En ce qui me concerne je pense que le mariage n’est pas l’affaire des politiques, cela relève du privé. Donner le droit aux homosexuels de se marier n’impacte en rien la vie des couples hétérosexuels selon moi.

Était-ce un pari risqué pour Jean-François Copé de vous embaucher ?
A cette époque j’avais cessé les actions militantes depuis plus de deux ans. Même si j’avais encore ma carte au PS, je ne représentais pas un « danger ». Pour Copé c’était aussi l’occasion d’avoir à ses côtés quelqu’un qui avait fréquenté d’autres personnalités. Copé n'est pas quelqu'un de sectaire, il a une image médiatique qui ne correspond pas à ce qu'il est réellement quand on le connaît un peu.

Envisagez-vous un retour au PS ?
Non je ne ferai pas d’aller-retour. En revanche, soutenir un candidat PS ne me dérange pas. Car je reste d’accord avec certaines idées des candidats socialistes. On ne peut pas quitter le navire dès qu’il n’avance pas aussi vite qu’on le voudrait. A moins d’aller dans les extrêmes, ce qui ne me semble pas être un bon choix.

Votre profil est-il courant au sein de l’UMP?
Mon profil qu’on pourrait qualifier de progressiste est de plus en plus courant chez les jeunes. Par exemple Marie-Laure Harel élue dans le troisième arrondissement de Paris, elle est la plus jeune conseillère de la capitale. La nouvelle génération me semble être beaucoup plus en phase avec des positions progressistes sur les sujets de société. Même si l’on ne peut évidemment pas généraliser ça à l’ensemble des partisans UMP.

Aux prochaines primaires UMP, vers qui vous rangerez-vous ?
Je soutiendrai Bruno Le Maire car c’est le seul candidat qui incarne le renouveau, à mon sens. D’autant plus qu’il n’a pas eu de propos blessants ou stigmatisant à propos du mariage pourtous. Nicolas Sarkozy ne peut pas changer tous les six mois. Je ne veux pas porter ma voix sur un candidat accroché par la justice. Je ne suis pas certain que ce soit le meilleur message à adresser aux français pour les rassembler.

Vous constatez une évolution du parti depuis que vous y êtes entré ?
Quand j’ai intégré l’UMP c’était une période de plein essor où la droite détenait le pouvoir politique. Puis progressivement l’UMP a perdu de sa popularité, et sous l’ère Sarkozy tout s’est accéléré dans ce sens. C’est après 2012 que la reconquête a commencé. Mais c’est plus difficile de rassembler quand on est dans l’opposition. Pour les prochaines élections, c’est un vrai challenge qui nous attend : susciter un vote d’adhésion et éviter le vote par défaut face au Front National.

Quid de la montée du FN ? Est-ce que Marine Le Pen effraie vraiment l’UMP ?
On ne va pas se mentir, à l’UMP comme au PS on ne veut pas en parler. Je pense qu’il faut accompagner la proportionnelle pour montrer au contraire que la présence des députés FN aux Européennes ne changera rien ! Aujourd'hui l’UMP n'imagine pas que Marine Le Pen puisse réellement incarner la France et atteindre la présidence de la République. Mais il faut avouer que sa crédibilité accroît comme le prouvent les derniers scores des élections municipales. La tête du FN dénonce un système « UMP-S » mais en même temps elle en profite en piochant des idées à droite et à gauche pour établir ses programmes.

Aujourd’hui vous êtes secrétaire national du parti, quel est votre rôle ?
Je rencontre les patrons de presse, je m’entretiens avec eux à propos des enjeux liés aux médias et aux nouvelles technologies et je prends en note leurs attentes législatives. Je suis chargée de rapporter ces rendez-vous au secrétaire général de l’UMP par le biais de notes de synthèse. Le rythme de travail est plus calme qu’avant. Jean-François Copé était très exigeant !

Vous disiez avoir été déçu par l’attitude de Lionel Jospin, mais les affaires qui éclaboussent l’UMP ne vous détournent-elles pas à nouveau de la politique ?
On peut être déçu mais on ne peut pas changer de parti tout le temps.
En ce qui concerne Bygmalion, je n’ai pas été au courant. Ce qui me gêne dans cette affaire c’est le fait qu’il y ait eu maquillage des comptes de Sarkozy, mais Copé a plus été victime par maladresse. Il n’ pas récupéré d’argent. De toute façon le processus judiciaire est en cours.
Pour les affaires qui pèsent sur les Balkany, je ne me sens pas concerné. J’ai beaucoup de respect pour eux [ndlr : il a travaillé auprès d’Isabelle Balkany] mais ils ne sont pas intouchables, la preuve ils ont fait l’objet de diverses enquêtes judiciaires. Personne n’est intouchable et tant mieux.

Pourquoi vous êtes-vous orienté vers le journalisme alors que vous occupez aujourd’hui un poste de communicant ?
C’est la passion qui m’a amené au journalisme. J’avais monté un blog avec Jean-Marc Morandini à la fin de mes études. Il y était question d’indiscrétions politiques. Ça m’a valu quelques ennuis mais je ne regrette absolument rien. Le journalisme permet de dénoncer ce qu’il se passe.

Que pensez-vous quand vous entendez Nicolas Sarkozy dire qu’il veut changer le nom de l’UMP ?
Je ne pense pas qu’en trouvant un autre nom on change ni la donne ni l'adn du parti.

Où voyez-vous l’UMP en 2017 ?
Je ne suis pas madame Irma. Nicolas Sarkozy peut sûrement faire 30% des suffrages contre 20% pour le PS. Donc le Fn pourrait se retrouver au second tour mais rien n’est joué d’ici là…

Et le centre serait absent ?
Le problème du centre c’est qu’il n’y a pas de leader. Aujourd'hui il y a un duel pour savoir qui va diriger le centre.

Vous avez des nouvelles de Jean-François Copé ? Il est aux abonnés absents ?
Il est maire de Meaux et bien décidé à s’occuper de la ville. Il préfère se recentrer sur les habitants et prépare un tour de France des fédérations en 2015. Il fait une diète médiatique. 

Amicalement vôtre,
Yoko

30/10/2014

Dans la peau d'un jeune soldat Français en Centrafrique

Pour que la paix puisse exister un jour dans le monde entier il faut s'instruire. La communication et les échanges humains sont la clé pour une paix durable.
C'est pour cela que j'ai voulu découvrir les coulisses de la mission militaire en Centrafrique.
Pour comprendre ce qui se passe dans notre monde agité. Après avoir regardé le reportage d'investigation de France Ô, je suis allée à la rencontre de Maxime*, un jeune soldat engagé dans l'armée Française, aujourd'hui revenu de la mission Sangaris.

Combien de temps avez-vous été mobilisé en Centrafrique ? 
La mission a duré quatre mois, au printemps 2014.

Depuis combien de temps étiez-vous engagé dans l'armée ?
Cela fait deux ans et dix mois aujourd'hui donc deux ans et demi

Pourquoi aviez-vous décidé de rentrer dans l'armée ?
Le métier m'intéressait, je voulais acquérir de l'expérience et puis de toute façon je ne me voyais pas faire des études. 

Qu'avez-vous ressenti à l'annonce de votre départ ?
Ce n'était pas prévu initialement. On devait partir à Djibouti rejoindre les forces prépositionnées. Les régiments y sont appelés à tour de rôle. Trois mois avant le départ on a été prévenu du changement de programme et de notre mission en Centrafrique. J'étais plutôt content de cette nouvelle car dans mon esprit on allait davantage exercer notre métier dans les forces Sangaris que dans la base de Djibouti. Certains militaires avaient déjà été envoyés en mission - en Afghanistan par exemple, ils étaient donc réticents à l'idée de partir avec des jeunes non expérimentés comme moi. Mais plus les mois ont passés, plus les entrainement se sont révélés positifs, de quoi rassurer tout le monde.

Quelles étaient vos conditions de travail sur place ? Quid de l'accueil des populations ? 
En ce qui concerne la nourriture nous n'avions que des rations de combat. La logistique quant à elle était rudimentaire. Les trois premiers jours en arrivant à Bangui, on a dormi en tente. Puis on s'est déplacé à l'ambassade Française qui était vide. On s'est alors entassés à quarante dans 20m². C'était très compliqué de dormir : la chaleur, le manque d'intimité et d'espace... Début avril, on est parti vers l'est et les conditions de sommeil se sont encore dégradées : on n'avait pas d'endroit d'accueil, on a donc demandé au maire si on pouvait investir un champ. On a dormi à la belle étoile pendant deux mois, dans nos lit de camp avec les moustiquaires et des bâches pour éviter d'être trempés. On avait les pieds dans la boue. Ensuite on a passé quelques jours en ville sous des tentes pour enfin être hébergé par la MISCA où nous étions plus que neuf dans 20m².
Enfin concernant l'hygiène on a dû faire une partie de la mission sans produits. On nous avait demandé d'acheter de grandes quantités de gels douche, de dentifrices et autres fournitures pour ne pas en manquer une fois sur place, or les cartons ont été envoyés séparément. On les attendu pour finalement faire sans et se débrouiller en demandant à la population. C'est finalement quand l'information (nos plaintes) est remontée jusqu'au généraux qu'un avion a débarqué trois jours après. Ce qui a été sûrement le plus dur a supporter ce sont les toilettes artisanales : on creuse une fosse à une centaine de mètres du campement. Mais avec la chaleur les odeurs remontent. 

A notre arrivée la population était très septique. On entendait même crier « Sangaris voleurs de diamants ». Mais au fur et à mesure de nos déplacements, les gens étaient heureux en nous voyant. Ils nous ont acceptés.

Comment fait-on pour ne pas craquer dans ces conditions ?
Tu te dis que tu n'as pas le choix, que t'y es. Quand tu es malade tu espères retourner dans la capitale ou c'est un peu plus luxueux. Et puis, le fait d'être en groupe (dans une division on dénombre environ trente personnes) ça t'aides. J'ai aussi tenu en communiquant beaucoup avec un soldat de mon groupe. On discutait en se demandant mutuellement des nouvelles de nos familles "qu'est ce qui se passe chez toi en ce moment ?" ou en s'intéressant à notre avenir "qu'est ce que tu vas faire en rentrant ?" 
Moi, j'avançais aussi en fonction des anniversaires. Les repères dans le temps rassurent, on se dit "plus que deux mois et je serai rentré." En fait c'est comme quand tu fais un manège à sensations : peu importe les sensations tu es dedans, tu serres les dents et tu attends que ça passe.

Comment on trouve le temps dans ce cas là ?
Au début de la mission, le temps passe très lentement parce que tes habitudes de vie "rangée" à la caserne sont complètement chamboulées. Le 8h-17h est remplacé par du 24h/24h. Tu ne sais pas ce qui t'attends, tu vis au jour le jour. Finalement c'est comme tout, tu t'y habitues. Et contrairement au quotidien qui peut être pesant ailleurs, ici dès qu'une routine s'installe le temps file plus vite.

Appréhendiez-vous le retour en France ? 
J'avais peur que ma famille ou mes amis m'aient trouvé changé. J'appréhendais aussi le retour à la vie "normale" : ne pas être capable de lâcher prise et de m'amuser en soirée comme avant avec eux. Et quand tu as une copine tu te demandes si elle est encore là. La dernière "peut" que j'avais c'était de ne pas réussir à retravailler au régiment.

On se sent utile en mission ? Puissant ?
On se sent plus puissant qu'eux en tout cas. C'est terrible mais leur armement est très faible. En fait, on possède tout ce qu'eux n'ont pas : des blindés, des munitions en très grande quantité, des protections - casques et gilets pare-balles. C'est là qu'on voit que l'Europe les impressionne. Mais on a également un très fort sentiment d'utilité. Quand on a pris position on voyait que les gens venaient nous interpeller « depuis que vous êtes là, il n'y a plus de massacres.". En tout cas, ça se calmait car on le savait certaines choses sont restées cachées. La population était ravie quand elle nous croisait ; le jour de notre départ à l'aéroport militaire pour repartir à Bangui et ensuite en France, les enfants pleuraient, ils nous appelaient par nos surnoms.

Quel a été votre rôle ?
Avant la mort de deux soldats en décembre 2013, la gestion du conflit était assez violente. Quand nous sommes arrivés, la politique d'action a évolué en dialogue. On a dispensé des cours de base comme les mathématiques, l'histoire et on leur a donné les règles militaires. Ils ont ainsi obtenu un diplôme, synonyme de liberté pour eux. Parce que s'ils avaient intégré les sélekas c'est qu'ils n'avaient pas la possibilité de faire autre chose pour gagner un peu d'argent.

Avez-vous changé physiquement ? Psychologiquement ?
J'ai l'impression d'avoir vieilli, que mon visage est plus vieux. J'ai aussi perdu douze kilos en quatre mois. Mais ça me va, je suis plus à l'aise. En revanche d'autres ont également maigri et mal regrossi par la suite. Quand tu manges un steack en France tu as l'impression que c'est un trésor ! Je ne pense avoir changé psychologiquement. Mais je vois d'autres soldats qui étaient très souriants avant et qui aujourd'hui ont changé. Ce ne sont plus les même au boulot, il ne sourient pas, ils ont tendance à se rebeller et sont devenus fainéants. C'est comme s'ils pensaient qu'il fallait les laisser tranquilles puisqu'ils se sont donnés en Centrafrique.

Quelle a été la prise en charge à votre retour ?
On passe trois jours à Chypre dans un hôtel tout confort. On est à quatre par chambre, on peut manger quand on veut et ce que l'on veut, ce qui nous change considérablement des conditions de la mission Sangaris. Il y a même une piscine et la mer. C'est le jour et la nuit : tu passes de rien à tout. On nous propose des cours de relaxation, un peu comme de l'hypnose. Et puis il y a les séances avec le psychologue. C'est l'occasion de vider son sac. De dire ce que l'on a gardé sur le cœur pour ne pas gêner les autres soldats. C'est une période de transition pour essayer de nous « ramener » à la vie d'avant. Trois jours c'est suffisant ; on apprécie mais on hâte de rentrer parce que rien ne vaut le retour. On retrouve notre liberté. 

Vous arrive-t-il de faire des cauchemars ?
Aujourd'hui non. Mais le premier mois j'ai mal dormi, je me réveillais la nuit. Je pense que c'est parce que j'avais pris l'habitude de ne dormir que trois heures pour prendre mon poste et assurer les rondes. En Centrafrique, plusieurs fois j'ai réveillé les soldats en criant. Mais le lendemain je ne me rappelais de rien. Le psychologue m'a expliqué que mon cerveau ne se reposait pas. Puisque j'étais aux aguets, que je surveillais tout, toute la journée, mon cerveau était conditionné pour être sans arrêt prêt à réagir. 

Vous repartez sans hésiter si demain on vous l'ordonne ?
Je fais mes bagages immédiatement s'il le faut. Je me suis sentis entier et utile là bas. Beaucoup plus qu'en caserne. 

Comment votre entourage a vécu votre départ ? Et le retour ?
Pour eux j'allais faire la guerre. Ils ne savaient pas si j'allais revenir. Ça été très difficile, surtout au début car je n'ai eu un portable qu'au bout de quinze jours. Ils regardaient les JT d'informations tous les jours. On se sent obligé de les rassurer. Et pour cela on a recours au mensonge "tout va bien, ce n'est pas dangereux ici". Je préférais leur éviter de s'inquiéter, je ne voulais pas qu'ils souffrent en imaginant les horreurs qu'on pouvait voir ou vivre.

Qu'avez-vous tu par exemple ?
Que l'on a dû faire face à des corps mutilés, des personnes victimes de viols, des visages brûlés. C'est dur mais on se dit qu'il y a un monde entre la population et nous. On réagit un peu égoïstement pour se rassurer : ça ne peut pas nous arriver, tant que nos familles ne subissent pas le même sort ça va. On compatit mais on ne parvient pas à se mettre à leur place. 

Et quand tout est fini, vous parvenez à communiquer plus facilement, sincèrement avec ceux qui vous ont attendu ? 
Ce n'est pas possible de tout dire. Personne ne peut comprendre ce que l'on a vécu pour la simple et bonne raison qu'ils ne l'ont pas vécu. On dévoile certaines choses supplémentaires mais pas la totalité par peur de n'être pas cru.

Comment envisagez-vous votre avenir ?
Je ne compte pas rester plus de cinq ans à l'armée. C'est usant et fatiguant. Je suis revenu avec des maux de dos, des problèmes au genou. On n'imagine pas le poids de l'équipement. J'ai plein d'idées pour poursuivre après le service : l'entrepreneuriat, le commerce ou l'import export. Je suis aussi intéressé par la sûreté ferroviaire, la police, la gendarmerie ou même les pompiers.

*Le prénom a été changé par soucis de confidentialité.

Amicalement vôtre,
Yoko

26/10/2014

Eric Fottorino, Mister Monde


Fort de sa réussite au quotidien Le Monde, Eric Fottorino récidive. Après avoir redonné une seconde jeunesse au journal de centre gauche dans les années 2000, il lance un hebdomadaire qui se veut calqué sur les périodiques riches en contenus. Le « 1 » apparaît alors comme une solution à la crise qui menace la presse écrite.

Modeste dans son allure, l'homme paraît quelques peu dépassé par la mode – sa veste en laine aux motifs improbables semble sortir tout droit du film Retour vers le futur. Il s’installe et sourit.  Il est calme, et par conséquent agréable à écouter. L’audience se transforme : toutes les oreilles sont attentives à l’histoire que raconte Monsieur Fottorino, cet homme qui impressionne.

Le journaliste tente d’exposer sa vision de la presse écrite, précisant son histoire mais également son évolution. Cela fait quelques années qu’il ressent le besoin de rafraîchir ce média boudé par la jeune génération, celle qui ne peut se passer de smartphones ou autres gadgets électroniques. Cette jeunesse emportée par la vague internet et ses informations immédiates. A l’heure où les journaux gratuits sont retrouvés piétinés dans les couloirs du métro, où les contenus de la presse écrite payants sont disponibles gratuitement sur les sites internet des grands journaux, et où le temps de l’information explose à une vitesse surprenante, une question taraude les esprits : à quoi peut bien servir un journal papier ? 

Cette question, il se la pose une première fois en 2005 lorsqu’il se voit confier la lourde tâche de refonder Le Monde et de faire cohabiter la version papier et le site internet encore balbutiant. Il se demande alors comment mettre en exergue l’intérêt de la presse écrite quand le présent devient une valeur absolue dépourvue de réflexion et sans inscription dans l’avenir. Il observe surtout que ces ruptures de temps provoquent des traumatismes aux journalistes qui se retrouvent à relayer des informations, le plus vite possible – sur les chaînes TV en continu par exemple, sans pouvoir prendre le temps d’apporter une valeur ajoutée. 

Il considère alors que le journal doit abandonner le mythe de l’exhaustivité. Comprenez qu’un journal ne peut tout contenir s’il veut traiter chaque information avec minutie. Quand une information ne peut être étoffée elle n’a pas sa place dans le journal papier, il ne faut pas imprimer de brève sans intérêt. Le journal doit être en mesure de hiérarchiser et de structurer un paysage d’informations. Il doit être capable de donner du sens et des explications supplémentaires au lecteur. « Laissons à internet le droit d’aller vite » affirme-t-il. Puisqu’il n’a aucun concurrent possible, « il faut garder le papier comme machine à réfléchir. »
Il s’efforce ainsi de choisir cinq ou six grands thèmes à développer dans la nouvelle formule, crée de nouvelles rubriques tout en ayant une priorité en tête : rappeler les évidences ! Il explique qu’il n’y a rien de plus « terrible pour un lecteur de décrocher parce qu’il sait qu’il n’a pas assez de connaissances. » 

Il se pose cette question une seconde fois en avril 2014 quand il souhaite créer un nouveau support papier. Mais en quoi le "1" concentre-t-il toutes ces exigences ? Il propose une offre éditoriale différente et est présenté dans un format original. L’hebdomadaire se lit rapidement, car s’il y a bien un constat qu’Eric Fottorino et son associé Laurent Greilsamer ont fait, c’est que les lecteurs peuvent être pris d’un sentiment de culpabilité dès lors qu’ils ne lisent pas entièrement un journal trop garni. Le "1" rassemble des  articles longs, des textes de fonds mais le tout est lu entre 45 minutes et une heure. Leur but : présenter un journal bref qui soit agréable à lire. La pagination est faible, la mise en page est très soignée et le format de pliage allie praticité et innovation. L’origine du nom ? Chaque mercredi c’est un seul sujet d’actualité qui est traité, sous différents aspects, avec des angles qui peuvent parfois s’opposer. Car c’est l’ambition des deux hommes : recruter des écrivains, philosophes, journalistes, entrepreneurs, économistes d’univers variés.  « Pour créer un objet différent il fallait le penser différemment avec des gens qui ont des opinions différentes. »

La forme et le fond sont liés : sensible et rationnel à la fois. Il faut créer  un bel objet que les lecteurs aient à cœur de conserver. 

Amicalement vôtre,
Yoko

23/10/2014

Arnaud Ramsay : « Je ne me considère pas comme un fonctionnaire de la presse. »

A 42 ans, l’homme qui se présente, en retard, dans l’amphithéâtre de la rue Tolbiac, a un CV aussi rempli qu’un stade de foot lors d’une finale de coupe du Monde. Arnaud Ramsay a écumé toutes les rédactions. Avec une motivation infaillible, l’homme qui était autrefois un enfant passionné de sport, ne cesse de se réinventer tout en assumant son identité. Etonnamment mal à l’aise devant l’audience d’apprentis journalistes, le regard fuyant, cet homme pourtant devenu une référence dans le métier, a la bougeotte. La quarantaine passée il a déjà occupé une dizaine de postes différents.

Il débute sa carrière alors qu’il est à peine plus âgé que le jeune Nicolas Anelka en centre de formation. Armé de courage et animé par son envie d’écrire, Arnaud Ramsay commence très modestement avec un ami d’enfance à vendre un petit journal créé par leurs soins, dans son quartier. De l’écriture à la mise en page, les deux jeunes amis vont prendre goût à l’activité qui inspire fortement le futur homme des sports de M6. Il va jusqu’à créer sa propre revue, vitrine qu’il ne manque pas de mettre en valeur auprès des rédactions et notamment de celle de France Football qu’il intègre après son service militaire pour relire des papiers le dimanche. Il précise que « le plus dur c’est d’être payé pour ce que l’on fait ». Mais ce n’est pas l’argent qui le motive. Tout au long de son parcours il alterne entre de grands postes à responsabilités, avec des salaires confortables, et des postes où le challenge est plus fort et la paie moins rassurante.

« Je ne suis pas un journaliste sportif, je suis journaliste ! », clame-t-il. Ramsay n’est pas un homme qui a longuement trainé sur les bancs de l’école. Il fréquente les études supérieures tout juste le temps d’obtenir son diplôme de journaliste à l’ESJ-Paris et de détenir un passeport valide pour continuer son ascension dans ce monde qu’il connait déjà un peu. Arnaud Ramsay est un curieux et son travail ne se résume pas qu’au sport. Il a un bagage généraliste grâce à l’ESJ qui lui permet de traiter l’actualité générale. Il préfère annoncer la couleur d’emblée : « je suis fier du diplôme mais je n’ai gardé aucun contact avec les étudiants de ma promo ». Qu’on se le dise, l’homme est déjà ambitieux et ne s’en cache pas : il obtient son premier job grâce au culot et il en va de même pour les suivants.

Lorsqu’il officie à France Football dans la rubrique La Gazette, il s’efforce d’affûter sa patte. Il veut se démarquer et organise des interviews de sportifs sur des thématiques bien différentes du sport, ou àa contrario, invite des artistes, chanteurs ou acteurs à parler de football avec lui.
C’est aussi grâce à ce premier poste de journaliste qu’il apprend à s’approprier l’histoire sportive, à cultiver ses connaissances dans ce domaine. Il s’éduque pour digérer les événements passés et ainsi éviter la manipulation et les pièges propres à la communication.

Arnaud Ramsay veut être entendu quand il argue que « tous les journalistes spécialisés dans le sport ne sont pas des sportifs frustrés ! » C’est tout le contraire qu’il veut démontrer. Le journalisme est un métier complexe et le sport permet de brasser la matière la plus large et de se confronter à des univers que l’on considère comme un peu opaques compte tenu des enjeux.

Dans sa carrière il démissionne quatre fois. C’est le jeu des transferts et des opportunités ! Une première fois de France Football pour rejoindre le Journal du Dimanche. Une seconde fois pour prendre la tête de la rédaction du nouveau site internet du JDD. Une troisième fois alors qu’il avait été approché par la chaîne M6 et qu’il était en charge du journal des sports pour commencer une nouvelle aventure en presse papier. Enfin une dernière fois lorsqu’il quitte France Soir pour créer sa propre structure. L’indépendance il en rêve depuis toujours. Il assume ses choix. Aujourd’hui il joue à domicile, sur son propre terrain.
Amicalement vôtre,
Yoko

18/09/2014

Rions entre filles !

Les soirées entre filles c'est mythique, pas "meetic" hein mais mémorable !
Et c'est dans le film "sous les jupes des filles" que j'ai retrouvé cette complicité flagrante entre amies. J'ai ri, beaucoup ri, et j'ai pleuré un peu aussi (je suis assez émotive, je l'avoue).
 
Entre les différents personnages incarnés à merveilles par des actrices telles que la très séduisante Audrey Fleurot, ou encore la talentueuse Vanessa paradis ; la très juste Alice Belaïdi aussi, que j'ai connue en tant que Sophie dans la série de Canal +, puis la troublante Alice Taglioni et la désormais célèbre Géraldine Nakache... toutes m'ont interpellée, amusée, et parfois même déstabilisée  !

Et pourtant, comme les avis sont différents du mien sur la toile !! Ce n'est pourtant pas un "catalogue consternant des femmes d'aujourd'hui" comme l'écrit une critique du Monde, mais bien un éventail impressionnant de personnages féminins taillés sur mesure dans la société actuelle. Certains parlent d'une image de la femme "dégradée" ou "réduite" mais les situations de vies exposées reflètent pourtant des femmes sensibles, dévouées, et meurtries à des moments... Il n'y a pas de caricature : pourquoi ne pourrait-on pas dresser le portrait d'une nymphomane ? D'une femme attirée par une autre ? Ou encore d'une célibataire qui se sent seule et d'une autre qui est effrayée par la vieillesse? Il y a beaucoup de vérités dans ce film... peut-être dérangent-elles certains et certaines ?


Si vous n'avez pas peur des critiques qui s'emportent contre ce film très réussit, n'hésitez pas ! On ne voit pas le temps passer, le film est rythmé de phrases cultes comme "j'm'en peux plus" ou encore "je suis cocu, excusez-moi j'ai des cornes, je n'arrive plus à passer les portes !". Et bien sûre vous n'êtes pas obligé de porter de jupe pour vous sentir concernée !

Amicalement vôtre,
Yoko