30/01/2015

Le VIH est dans la nature, il faut s'en protéger.

"Si tu ne mets pas la capote une fois et que tu chopes le VIH, alors tu devras la mettre toute ta vie." 

L'affirmation de Lucie sonne comme une onde de choc. A 22 elle est l'auteure de la "Lettre ouverte d'une jeune séropositive à une jeunesse inconsciente". Elle aurait d'ailleurs préféré nuancer le titre en écrivant "lettre d'une jeune séropositive aux inconscients", mais sur le moment elle n'était pas inspirée.

Je devais rencontrer Lucie dans un café parisien. Finalement c'est sur les sièges moelleux et dans l'ambiance bruyante d'un restaurant Mac Do qu'on s'est retrouvées "Je reviens de la Pitié [L’hôpital La Pitié salpêtrière] comme j'étais à jeun, fallait que je mange" me prévient-elle par texto.

J'avais envie de connaître son état d'esprit depuis l'écriture de cette lettre qui a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Son témoignage a touché beaucoup de gens.
Elle me raconte qu'elle a reçu quelques messages privés de personnes qui la remerciaient, d'autres qui lui écrivaient depuis la salle d'attente d'un centre de dépistages. 

"Ça m'a fait du bien dans parler, d'autant que je pensais le faire, mais plus tard. J'y avais réfléchis mais je n'osais pas". Comme un coming out tardif, Lucie n'a pas souhaité en parler dès l'annonce du résultat de sa prise de sang. Plusieurs fois elle a du essuyer quelques remarques irréfléchies de ses camarades de classe qui abordaient le sujet : "faut vraiment avoir la poisse pour choper le sida !" Euh ben non pas forcément. Même s'il existe des personnes qui naissent avec le virus, d'autres qui se font contaminées par des transfusions, la plupart des personnes chopent le VIH parce qu'ils ne prennent pas conscience de l'importance de se protéger ! Le dépistage c'est bien mais le plus important c'est de retenir que "le VIH est dans la nature et qu'il faut par conséquent s'en protéger" me dit-elle.

Et pourtant, alors que ses amis ont tous, ou pratiquement tous, vu défiler l'article de Konbini sur leurs fils d'actualité, Lucie entend encore des récits de soirées arrosées pas très glorieux. Elle s'étonne de devoir rappeler à ses amis que sans protection tout peut arriver. Elle martèle : "Il faut se protéger soi même mais aussi protéger les autres." Le virus est compliqué : il mute, son évolution diffère selon les personnes, les réactions des gens sont aussi différentes. Donc il faut en parler pour que la prise de conscience soit plus grande.

Lucie a choisi de s'adresser à la jeunesse car elle même est jeune et hétérosexuelle. Mais chez les seniors aussi le taux de contamination a tendance augmenter. Avec la hausse des divorces et les changements de vie, les adultes n'ont pas toujours le réflexe d'utiliser un préservatif quand ils reprennent une vie sexuelle. Elle m'explique que c'est tout simplement dû à leur éducation sexuelle passée : le SIDA était un sujet encore plus tabou qu'aujourd'hui, il n'y avait pas d'information véhiculée pour les jeunes contre le VIH.

Aujourd'hui encore la prévention est timide. La dernière campagne de l'INPES remonte au mois de décembre 2013. Elle avait pour but de réaffirmer l'efficacité et le caractère multiprotecteur du préservatif. Depuis, rien. Ou pas grand chose, le Sidaction a lieu chaque année évidemment , l'association AIDES réalise des clips vidéos de prévention mais l'intérêt porté par la jeunesse est faible.

Le point de départ

C'est un tweet posté le 3 janvier dernier qui a tout déclenché. "Le rédacteur en chef de Konbini m'a contactée pour me demander si je voulais témoigner" me raconte Lucie. "J'avais un peu peur de l'ampleur que ça pouvait prendre vu l'audience du site internet" poursuit-elle. Finalement elle accepte. Ensuite tout s'est enchaîné. Ils n'ont pratiquement rien modifié de son texte.

Du rejet ? Pas vraiment. Lucie se souvient seulement d'un moment où elle a beaucoup ri. "C'était un jour où j'allais au centre de don du sang pour leur demander de me retirer de la liste de diffusion. La dame voulait connaître la raison, je lui ai répondu que j'étais séropositive. Son visage s'est décomposé !" s'amuse Lucie.

Son traitement thérapeutique empêche le virus de muter, son état est stable mais la prise de médicament quotidienne (tous les 24heures elle ingère trois pilules), fait désormais partie de sa vie. "J'ai plus peur des médicaments que du virus" me dit-elle. "On ne connait pas les effets à long termes..."

Elle m'avoue avoir envie d'intervenir dans les collèges ou des lycées pour témoigner et inciter les plus jeunes à se protéger du VIH pendant un rapport et à se faire dépister avant d'enlever le préservatif (ou après un rapport à risque, 4 mois après). On lui souhaite de réussir à convaincre les gens de faire l'amour en illimité, mais sans danger.

Amicalement vôtre,
Yoko

27/01/2015

Révolution des crayons pour la liberté d'expression

Quinze jours après l’attentat qui a décimé une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, la vie a repris son cours. La rue Nicolas-Appert est néanmoins gardée 24h/24 par des policiers armés jusqu’aux dents. Mais l’heure est à l’apaisement. Et malgré les 2 petits degrés de la météo, il règne une ambiance chaleureuse en ce 22 janvier. 

Devenu presque touristique le lieu regorge de témoignages du monde entier. Les bouquets de fleurs et les messages écrits à la main s’entremêlent. La poésie du lieu dénote avec le drame qu’il a vécu deux semaines auparavant. Des mots d’encouragement et de soutien sont placardés sur les murs ou les barrières de sécurité. De nombreux poètes se sont révélés quand d’autres ont "seulement" cité de très célèbres citations comme les mots de Paul Eluard : « Liberté j’écris ton nom ».


Amicalement vôtre,
Yoko

17/01/2015

Film : la Désintégration sorti en 2012, est toujours d'actualité...


« C’est qui ces types que tu vois ? Peut-être qu’ils ont rien dans la tête mais en tout cas ils connaissent parfaitement le fonctionnement de vos têtes. » Ainsi s’exprime Rachid face à son petit frère Ali. Il poursuit : « Ils mélangent le vrai avec le faux pour faire passer le faux. Alors moi je te conseille, ne fais pas que les écouter, fais marcher ta cervelle un petit peu.» La clairvoyance de l’aîné saute aux yeux. Comme un père moralisateur mais bienveillant il tente de sauver son frère d’un embrigadement religieux radical.

C'est le sujet du film de Philippe Faucon, La désintégration, qui sort en 2012. Quelques mois seulement avant que la France connaisse les terribles événements de l’affaire Merah. Mais le film lui, n’est que fiction. Inspiré de la réalité, les clichés s’entremêlent pour finalement révéler certaines vérités, les failles d’une société française actuelle : un père absent, une mère épuisée par un travail peu valorisant, une cité en banlieue de Lille. 
Ali, Hamza et Nasser âgés d’une vingtaine d’années font la connaissance de Djamel. La métamorphose du personnage principal s’établie sous les yeux du téléspectateur qui assiste, impuissant, à l’isolement des trois adolescents manipulés par Djamel, qui s’avère être un fin orateur et un prêcheur radical.

Si des détails ou des incohérences peuvent déranger certains pratiquants musulmans - comme les ablutions mal « faites » ou certains discours qui sonnent faux, le film délivre un message de paix évident. « Paix, amour et partage sont les valeurs de l’islam » assure l’imam qui prêche lors de la cérémonie de l’Aïd, au début du long métrage. C’est une des premières phrases qui ancre le film dans une dynamique apaisante. Volontairement simpliste, le scénario montre le destin d’un homme faible d’esprit qui se réfugie dans la violence pour trouver un sens à sa vie.

Le film est à voir, en gardant à l’esprit que ces images un peu « clichées », sont au service d’un discours préventif contre de telles radicalisations de l’esprit. Dans le contexte actuel, il permet de comprendre le cheminement de certains français qui dérivent.

La Désintégration, 
de Philippe Faucon

Amicalement vôtre,
Yoko

Non, Zaz n'est pas une voleuse

Assez ! 
Pourquoi les Français s'entêtent-ils à critiquer ceux qui finissent par réussir ? Pourquoi ont-ils nécessairement besoin de développer une montagne de jalousie vis à vis de ces personnes qui côtoient le succès ? C'est une question que je me pose de plus en plus, dans cette société où les frustrés, les envieux, s’agglutinent comme des mouches au dessus d'une crotte de chien.

Las de ces polémiques inutiles, je ressens le besoin de dire ce que je pense.
40 000€ ça peut paraître énorme ! D'ailleurs j'étais curieuse de comprendre le pourquoi du comment. C'est pour ça que j'ai lu les articles qui critiquaient la chanteuse. "Comment ça elle chante "je veux d'l'amour d'la joie de la bonne humeur, c'est pas votre argent qui f'ra mon bonheur" et elle empoche 40 000€ pour un concert privé ?" 
Et bien OUI et c'est bien normal. 

Rappelons deux droits petites choses :

- Zaz n'est pas auteur/compositeur. Elle n'est (que) interprète. Autrement dit, les personnes qui se font du fric à chaque fois qu'elle chante, que son titre est diffusé à la radio, sont nombreuses (et à elles on ne dit rien). Elle ne perçoit donc pas de droits d'auteurs. Vous allez me dire "oui m'enfin elle doit bien vivre hein". Peut-être. Mais combien de personnes embauche-t-elle ? Combien de tour-bus fait-elle bouger ?

- A-t-on la moindre information qui confirmerait que ces 40 000€ seront directement placés bien au chaud dans un compte en Suisse ? Ou cet argent sera-t-il juste touché et imposé par la suite ?

- Saviez-vous que Julien Doré, à la fin de sa tournée, a payé une journée de Thalasso a toute son équipe ? C'est peut-être à ça aussi que peut servir cet argent.

Il est bien trop facile de toujours critiquer sans chercher plus loin que le bout de son nez. Et quand bien même Zaz gagne beaucoup d'argent... qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?

Amicalement vôtre,
Yoko

08/01/2015

"J'ai le choix de dire non à un sujet" Emilie Lançon, est journaliste indépendante.

Émilie Lançon est embauchée en 1998 comme reporter à la Rédaction de France 2. Elle y restera treize ans. Aujourd’hui elle travaille comme journaliste indépendante et se consacre au documentaire. Rencontre avec une passionnée.

Emilie Lançon
Vous avez hésité entre votre passion pour la photographie et le journalisme, qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette seconde branche ?
Je me suis dit, pas tout à fait à raison, que c’était plus facile de gagner sa vie en faisant du journalisme, que c’était moins aléatoire que dans la photographie. C’est la première raison. Et puis, j’ai aussi pensé que je ne m’ennuierai jamais en devenant journaliste et que je trouverai toujours des sujets intéressants à traiter, tant l’étendue des possibilités est vaste. A l’inverse, dans la photographie, il y avait de nombreuses choses qui ne m’intéressaient pas. Du coup, cela réduisait pas mal mon terrain de jeu alors même que je savais que le secteur était extrêmement concurrentiel. J’avais aussi conscience que beaucoup de photographes très talentueux peinaient à gagner leur vie. Je me sentais moins douée que beaucoup d’entre eux et j’ai pensé qu’il n’était pas raisonnable d’emprunter ce chemin.

Aujourd’hui vous êtes à la fois journaliste et photographe puisque vous avez exposé vos clichés l’année dernière. Vous exprimez des regrets quant à votre choix professionnel ?
Je n’ai aucun regret. C’est un métier merveilleux qui permet de comprendre le monde, de rencontrer des gens extrêmement différents et de ne pas avoir de quotidien (rires). Je ne me voyais pas enfermée dans un bureau. Les reportages nous amènent à voyager, même dans notre propre vie. Et puis j’adore écrire. Il ne faut pas oublier que le journalisme à la télévision reste avant tout un métier d’écriture.

C’est votre goût pour la photographie qui vous a incitée à vous diriger vers le reportage TV ?
C’est la principale raison, oui. J’aime l’image, le visuel. Mais c’est également parce que déjà, à mon époque, on me disait que le journalisme était bouché. Je savais qu’il y avait plus de débouchés en télévision. Mais sachez qu’il y a toujours du travail pour ceux qui le veulent vraiment. C’est dur mais on y arrive.

Après treize ans passés au sein de de France 2, d’abord stagiaire puis journaliste au JT, au service politique ou encore reporter pour le magazine Complément d’enquête, vous démissionnez. Qu’est ce qui a motivé votre départ de la chaîne?
Ce que je ne savais pas, et c’est surement le cas des jeunes journalistes, c’est que la liberté dans ce métier est relative. On ne choisit pas forcément ni le sujet que l’on veut traiter ni la voie que l’on veut emprunter pour le traiter. Parce que les différentes émissions vous imposent des angles, des styles, des manières de faire… C’est normal, et à l’intérieur de ce cadre on peut s’épanouir mais au bout d’un moment on aspire à autre chose. Je pense que c’est une réflexion qui ne vient pas tout de suite mais plutôt avec l’âge. C’est logique puisqu’au début on apprend les techniques. Mais une fois que l’on maitrise l’outil, c’est à ce moment-là qu’on éprouve le besoin de l’utiliser d’une manière plus personnelle. Et puis même si France 2 est une grande structure, après treize années dans une même rédaction on en commence à en connaitre le fonctionnement et je souhaitais me confronter à d’autres façons de faire, de penser et surtout, à d’autres formats. J’avais envie de découvrir d’autres cultures journalistiques. Et puis j’étais aussi à un âge où je me suis dit « si tu ne changes pas maintenant ça va être compliqué par la suite ».

Depuis 2011 vous travaillez donc comme journaliste indépendante. Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Aujourd’hui j’ai le choix de dire non à un sujet, ou au contraire de choisir un sujet qui me plait vraiment. C’est la liberté de choisir ce que je fais et avec qui je le fais. Cela me permet d’aller vers des univers qui m’ont toujours attirée, comme par exemple l’histoire et le documentaire historique. J’ai toujours beaucoup aimé ce domaine et j’ai d’ailleurs obtenu une maîtrise d’histoire avant d’entrer au Centre de Formation des Journalistes (CFJ).


05/01/2015

Hommage à Camille Lepage

En vacances à Angers pendant deux semaines j'en ai profité pour me promener dans le centre ville. Entre les chalets de Noël et les magasins, le Grand Théâtre avait ouvert ses portes pour une exposition rétrospective consacrée à la jeune photojournaliste Camille Lepage décédée en 2014 alors qu'elle faisait un reportage en Centrafrique. L'angevine avait été retrouvée morte lors d'une opération de patrouille de l'armée Sangaris à 450Km nord-ouest de Bangui, le 12 mai dernier. C'est sa famille, par le biais d'une association Camille Lepage - on est ensemble, qui est à l'origine de cet hommage.

Plus de 70 photos sont réunies pour l'occasion et sont exposées avec un court résumé. Quelques lignes écrites par Camille Lepage elle-même. Du Sud Soudan à la Centrafrique, elle a capté des moments de joie comme des moments de peine et de grande détresse. Certaines photos restent en tête même quelques jours après. On garde en mémoire l'esthétique de ses clichés mais aussi le message associé. Quatre photos sont particulièrement dures. L'une d'entre elles représente quatre victimes, dont les pieds et les mains sont coupés, allongées sur le sol face à leurs bourreaux. C'est d'une violence inouïe, j'en ai presque eu les larmes aux yeux.

L'exposition très émouvante verse cependant légèrement trop dans l'émotionnel à mon goût. Un parti pris annoncé puisque l'exposition a été organisée par la famille. Le contenu reste captivant. Preuve en est, le Grand Théâtre a prolongé l'exposition initialement prévue jusqu'au 28 décembre, jusqu'au 11 janvier.

Voici quelques clichés de Camille Lepage avec leurs légendes :

Centrafrique, 16 février 2014
Bangui: un soldat français vise un agitateur, pendant que deux garçons se cachent derrière le mur d'une maison.

Sud Soudan, novembre 2012
Après le bombardement du village de Kauda, un couple marche dans les cendres d'une maison.

Le Caire, août 2011
Camille Lepage avec des enfants : la photo comme langage universel. Photo prise par son ami Ahmed Hayman

Sud Soudan, août 2013
Juba - défilé de mode : la salle à manger est transformée en atelier de mode. Les créateurs et mannequins travaillent tous ensemble pour trouver la meilleure tenue pour chacune.

Amicalement vôtre,
Yoko

19/12/2014

" Faire contre poids à Ennahdha ", Oussama Khlifi

Quatre ans après les révolutions arabes, la Tunisie s’apprête à élire son nouveau Président. Le premier tour des élections a donné l’avantage au parti Nidaa Tounes et à son leader Béji Caïd Essebsi. Le second tour aura lieu le 21 décembre prochain.
Rencontre avec Oussama Khlifi, secrétaire général de Nidaa Tounes en France.



Pourquoi cet engagement politique, votre famille était-elle déjà engagée ?
Non personne n’était engagé politiquement, le seul lien que j’avais avec la politique c’est avec le Président du parti Nidaa Tounes, Béji Caïd Essebsi. C’est lui qui m’a diligenté pour créer Nidaa Tounes et France. J’en suis maintenant le directeur de campagne et le secrétaire général du parti élu par les adhérents. Je possède également une société de communication. Tout ce que je peux apporter je le fait d’où je suis. Ce n’est pas une question de poste mais de dévouement pour le pays.

Comment se fait-il que la Tunisie ne soit pas tombée à l’instar de ses voisins du Printemps arabe ? 
Nous avons un acquis. Il s’agit de l’Etat fort construit par Habib Bourguiba, ancien Président de la République. Le Président a créé cet état avec une idée simple : inciter les gens à aller à l’école, les cultiver pour réduire le nombre de personnes illettrées dans le pays. Il a donc beaucoup investit dans le social et dans l’éducation. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui on trouve un grand nombre de jeunes très diplômés. Et c’est cette jeunesse Tunisienne cultivée qui s’est soulevée en 2012. Constatant que l’Etat était en péril, notamment à cause de l’entourage de Ben Ali qui risquait de détruire cette intelligence tunisienne. Nidaa Tounes est la continuité de l’intelligence de Bourguiba pour un Etat fort permettant aux citoyens d’accéder à l’éducation et aux services.

On peut dire que la seule différence entre la Tunisie et les pays qui ne sont pas relevés après la révolution est l’éducation ?
L’éducation des jeunes nous a sauvés. En lui donnant les clés pour réfléchir, le peuple a montré qu’il ne voulait pas d’un autre régime que la démocratie. L’éducation permet de créer un équilibre en rompant avec la violence de la dictature précédente. Cette intelligence n’a pas été préservée en Lybie ou en Syrie où il y a très peu de diplômés et c’est ce qui crée des tensions entre les gens d’un même pays.

La révolution Tunisienne a donc permis des améliorations mais le pays doit faire face à la menace des islamistes qui est arrivée avec la révolution…
Nous devons contrôler cette menace extrémiste, mais il n’y a pas de menace islamiste. Les islamistes au pouvoir en Tunisie ne sont pas extrémistes. Il faut faire attention : nous avons des problèmes avec les groupuscules qui prônent la haine au nom de l’islam mais pas avec les islamistes en place politiquement. Ce combat contre la menace extrémiste est mené grâce à la société civile. Les associations, les femmes tunisiennes luttent contre cet élan extrémiste. C’est l’intelligence du peuple qui empêche le retour au Khalifa – le régime auquel souhaitent revenir les extrémistes, et par-dessus-tout le peuple l’a démontré démocratiquement.

Comment expliquez-vous que certaines personnes inscrites sur les listes de votre parti n’ont pas pu aller voter ?
Nous avons un code électoral assez spécifique. Ce code a été adopté par l’assemblée constituante dont la majorité est issue de la troïka (les islamistes). Ils ont opté pour une inscription volontaire, c’est sûrement ce qui explique que seulement 50% des gens se sont inscrits. Ce nouveau système d’inscription a également eu quelques petits désordres comme le fait que certains se sont retrouvés sur d’autres listes dans un autre bureau. Mais les malheureux qui n’ont pas vu voter alors qu’ils étaient inscrits ne représentent que 0 5% des inscrits...

Sous Ben Ali, comment fonctionnait le système administratif ?
L’Etat sous Ben Ali avait ses prérogatives et un système de fonctionnement propre à tous les Etats. LA seule chose qui posait problème c’était le manque de liberté de penser. Les journalistes ne pouvaient pas dire ou écrire ce qu’ils voulaient. Les administrations étaient efficaces malgré la corruption. Le soulèvement s’est fait en partie parce que le régime en place et sa famille s’enrichissait trop. Les tensions entre régions étaient très fortes car personne ne voyait l’argent leur arriver. Mais le régime dictatorial et le manque de liberté a également été l’une des raisons de la révolte.

Comment se porte la presse depuis la chute de Ben Ali ?
Aujourd’hui la presse se porte très bien. C’est une presse saine. Les journalistes sont libres. Quand le tunisien se libère, il se libère…

La liberté de penser est donc acquise, mais comment expliquez-vous qu’aujourd’hui les personnes homosexuelles encourent trois ans de prison ?
Je ne sais pas si on va en prison pour ça. Sur ce point il y a un article dans la nouvelle constitution qui prône la liberté de pensée. Mais si on veut montrer son orientation sexuelle et l’imposer à la société il s’agit là de la liberté des autres. Il ne faut pas oublier que notre pays est d’obédience arabo-musulmane et que par conséquent ce n’est pas quelque chose d’illégal mais il ne faut pas le montrer. Les citoyens ont tous les droits chez eux en privé.

Comment fonctionnera le prochain gouvernement ?
Nous avons une nouvelle Constitution. Il s’agit d’une gouvernance à trois têtes : le pouvoir exécutif appartenant au Premier ministre, le pouvoir législatif au Parlement et à son Président et enfin le pouvoir protocolaire décerné au Président. C’est donc un système à l’allemande que nous avons mis en place, où c’est le Premier ministre qui gouverne en premier lieu.

Ce sera une forme de coalition ?
Les résultats des élections ont donné l’avantage à notre parti, Nidaa Tounes. Mais les islamistes ont obtenu 39% des sièges au Parlement. En fait on est revenu à un échiquier politique avec le Bourguibisme, les Islamistes modérés et la gauche (3ème au parlement). La gouvernance va se faire sur la base du projet, non sur une coalition. La priorité est notre programme sécuritaire et d’investissement qui va aider les milieux défavorisés tout en éradiquant l’extrémisme.