01/02/2015

Je me souviens... CULTUREZ-VOUS

A la manière du très talentueux Georges Perec, les Inrocks ont publié leur 1000ème numéro en rassemblant 1000 de leurs souvenirs. Des souvenirs teintés de rencontres culturelles fortes. Je n’ai pas rencontré Iggy Pop ou dansé avec Pharell Williams, mais j’ai une famille de musicos complètement barrés, des amis cultivés et de merveilleux souvenirs culturels.

1)      Je me souviens de ma mère qui écoute Carmina Burana à plein volume dans le salon quand elle fait le ménage. Parfois elle chante par-dessus. Elle n’écoute pas que Carl Orff, elle adore l’opéra : Barbara Streisand, Roberto Alagna, Maria Calass ont bercé mon enfance. Grâce à elle, quand j’entends ces voix j’ai des frissons. Et quand je récure mon appartement, j’écoute de la musique classique.

2)    Je me souviens d’un de mes premiers concerts de musique de chambre au Château du Pin à Angers. Jeune clarinettiste je jouais à cette occasion dans un quatuor. Nous avions repris la bande son originale d’Harry Potter 1. Ma partition était d’une simplicité déconcertante. Quand je la relis - ça m’arrive quelques fois de replonger dans mes centaines de partitions, je revois ces blanches, ces noires et ces croches qui se battent en duel sur la double page de portées. J’étais fière de reproduire une musique « actuelle ». C’était il y a treize ans.

3)      Je me souviens du premier album de Caravan Palace en 2008. Il est sacré disque de platine la même année et devient en 2009, le 11e album le plus vendu en France. J’étais incroyablement fière de ma cousine qui a intégré le groupe en 2005. Je me rappelle lui avoir demandé pourquoi avoir choisi « Colotis Zoé » comme nom de scène ? « C’est un papillon, et un papillon c’est beau et éphémère comme la musique » m’avait-elle répondu. Tout simplement.

4)      Je me souviens du mur blanc de l’appartement d’un hockeyeur angevin. C’était la première fois que je venais chez lui, je ne le connaissais pas vraiment, c'était un ami d'ami. En 2011 j’étais lycéenne et j’aimais assister aux rencontres sportives à la patinoire de la ville. Après un match il m’a envoyé un message via internet pour me demander de faire des photographies avec lui. J’y suis allée avec une amie, j’étais timide devant l’objectif. Puis j’ai aimé son regard, sa façon de mettre en scène un corps. Je ne m’aimais pas sur les clichés. Lui adorait. Depuis c’est un ami qui vend ses photos dans plusieurs pays.

5)   Je me souviens des trajets Angers-Bièvres en car. Pendant mon enfance, chaque année mes parents et leurs amis organisaient une journée à la Maison Littéraire de VictorHugo pour découvrir la nouvelle exposition. L’immense parc, la rivière en contre-bas, les arbres centenaires me donnaient l’impression d’être une princesse dans sa propriété. Depuis j’essaie de prendre goût aux descriptions interminables des Misérables. De ces journées « découverte », j’ai retenu ces mots poétiques : « Aimer c’est agir ». Et maintenant, c’est moi qui accueille les curieux.

6)      Je me souviens des colonies de vacances musicales estivales que mon père dirigeait. Le séjour se clôturait par la présentation d’un spectacle. En 2002 à Merquel, nous avions adapté le Bolero de Ravel. Majestueux. Je me vois en 2005, sous les arbres du centre à Hédé, répéter les titres du concert final. Ces moments de partage sont inoubliables, la musique crée le dialogue.

7)      Je me souviens avoir participé au clip de Dramophone, single du 2ème album de Caravan Palace sorti en 2012. C’était un soir de septembre, dans un bar du marché de Rungis, privatisé pour l’occasion. Il y avait un vrai gang de motards, des danseuses américaines, et le patron du bistrot avait une magnifique 2CV de collection. A la nuit tombante on s’est tous trémoussés sur le parking. Finalement je suis la seule à me voir quand je visionne la vidéo.

8)      Je me souviens de l’entrée de l’Opéra Garnier, de mes talons qui claquent sur le carrelage du hall. Une amie plus âgée m’avait invitée à écouter Salomé de Richard Strauss. C’était en 2011, et ce fut sûrement la première sortie culturelle digne de ce nom que j’ai faite à la capitale. C’était délicieux. J’ai eu l’impression d’être une grande personne, parce que les grandes personnes vont à l’Opéra.

9)      Je me souviens avoir beaucoup pleuré en lisant un roman tiré d’une histoire vraie. Il s’appelait « On s’était dit pour la vie ». Et son auteure y raconte son histoire d’amitié brisée. Je l’avais emprunté à la bibliothèque en 2004, j’avais une dizaine d’années. J’ai toujours « prié » fort pour que ça ne m’arrive jamais.

10)  Je me souviens avoir été invitée au concert de Charlie Winston grâce à ma cousine, chanteuse, qui connaissait le manager de l’artiste, un anglais. En 2013, je n’étais à Paris que depuis deux ans et je commençais tout juste à prendre conscience de l’incroyable puits de culture que cette ville représente. J’ai même demandé une seconde invitation pour deux personnes le lendemain. Il n’a pas changé d’un soir à l’autre, j’ai adoré.

11)  Je me souviens de cette journée à Barcelone en amoureux. Je me rappelle (surtout) découvrir avec stupeur qu’il fallait payer pour accéder à l’esplanade du Park Güell. C’était en février 2014, alors que nous passions une semaine à faire du ski dans les Pyrénées. Un matin j’ai interpellé mon petit ami : « Viens, on part à Barcelone pour la journée ! » Deux heures plus tard on contemplait la Sagrada Familia en travaux sous un soleil agréable. Il dénotait avec la neige qui faisait rougir mes pommettes.

12)  Je me souviens de deux bandes-dessinées retraçant l’histoire de Gandhi et Martin Luther King que mes parents m’avaient offertes. J’étais jeune, je devais avoir entre 10 et 13 ans. Les dessins parlent aux enfants : je revois la scène du balcon où Martin Luther King se fait assassiner, ou celle de la marche du sel de Gandhi. Ces deux BD trônent toujours dans ma bibliothèque d’adulte. Elles ont déménagé avec moi il y a quatre ans, de la maison familiale angevine à mon appartement parisien.

13)  Je me souviens d’une séance au cinéma tout à fait inhabituelle : j’étais allée voir Lebal des actrices de la réalisatrice Maïwenn, encore peu connue à l’époque, en 2009. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais j’aimais le casting : Mélanie Doutey, Marina Foïs, Julie Depardieu, etc. Je n’ai pas de souvenir précis, pas de scène du film que je pourrais raconter sans revoir le film au préalable, mais c’est le moment agréable que j’ai passé qui m’a marquée.

14)  Je me souviens d’une vidéo d’archives familiales où mon père et ma cousine déguisés en Rita Mitsuko dansent et chantent sur une table. Perruque dorée, lunette de soleil, chaussettes roses, guitare à la main ils imitent le duo à la perfection.

15)  Je me souviens des images de Nuit et brouillard que nous avait montrées notre institutrice en Cm2. Le film d’Alain Resnais m’avait glacé le sang. Depuis cette année 2004, je n’ai jamais cessé de penser « plus jamais ça ». C’est cette même institutrice qui m’a fait découvrir « Zazie dans le métro » de Raymond Queneau. Merci à elle.

16)  Je me souviens chanter à tue-tête en voiture avec mon père et mon frère les tubes de RaoulPetite. « Aux commandes de son traîneau, Niourk Niourk l'eskimo, qui a taquiné les animaux… est pressé de se tasser dans son igloo, ça t’étonne ? » Des paroles sans queue ni tête qui nous ont toujours fait pouffer à l’arrière des voitures familiales (on a souvent changé). Puis un peu plus tard j’ai découvert Jean-Louis Aubert, toujours grâce à mon père. Voilà, c’est fini.

Amicalement vôtre,
Yoko

30/01/2015

Le VIH est dans la nature, il faut s'en protéger.

"Si tu ne mets pas la capote une fois et que tu chopes le VIH, alors tu devras la mettre toute ta vie." 

L'affirmation de Lucie sonne comme une onde de choc. A 22 elle est l'auteure de la "Lettre ouverte d'une jeune séropositive à une jeunesse inconsciente". Elle aurait d'ailleurs préféré nuancer le titre en écrivant "lettre d'une jeune séropositive aux inconscients", mais sur le moment elle n'était pas inspirée.

Je devais rencontrer Lucie dans un café parisien. Finalement c'est sur les sièges moelleux et dans l'ambiance bruyante d'un restaurant Mac Do qu'on s'est retrouvées "Je reviens de la Pitié [L’hôpital La Pitié salpêtrière] comme j'étais à jeun, fallait que je mange" me prévient-elle par texto.

J'avais envie de connaître son état d'esprit depuis l'écriture de cette lettre qui a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Son témoignage a touché beaucoup de gens.
Elle me raconte qu'elle a reçu quelques messages privés de personnes qui la remerciaient, d'autres qui lui écrivaient depuis la salle d'attente d'un centre de dépistages. 

"Ça m'a fait du bien d'en parler, d'autant que je pensais le faire, mais plus tard. J'y avais réfléchis mais je n'osais pas". Comme un coming out tardif, Lucie n'a pas souhaité en parler dès l'annonce du résultat de sa prise de sang. Plusieurs fois elle a dû essuyer quelques remarques irréfléchies de ses camarades de classe qui abordaient le sujet : "faut vraiment avoir la poisse pour choper le sida !" Euh ben non pas forcément. Même s'il existe des personnes qui naissent avec le virus, d'autres qui se font contaminées par des transfusions, la plupart des personnes chopent le VIH parce qu'ils ne prennent pas conscience de l'importance de se protéger ! Le dépistage c'est bien mais le plus important c'est de retenir que "le VIH est dans la nature et qu'il faut par conséquent s'en protéger" me dit-elle.

Et pourtant, alors que ses amis ont tous, ou pratiquement tous, vu défiler l'article de Konbini sur leurs fils d'actualité, Lucie entend encore des récits de soirées arrosées, pas très glorieux. Elle s'étonne de devoir rappeler à ses amis que sans protection tout peut arriver. Elle martèle : "Il faut se protéger soi même mais aussi protéger les autres." Le virus est compliqué : il mute, son évolution diffère selon les personnes, les réactions des gens sont aussi différentes. Donc il faut en parler pour que la prise de conscience soit plus grande.

Lucie a choisi de s'adresser à la jeunesse car elle même est jeune et hétérosexuelle. Mais chez les seniors aussi le taux de contamination a tendance augmenter. Avec la hausse des divorces et les changements de vie, les adultes n'ont pas toujours le réflexe d'utiliser un préservatif quand ils reprennent une vie sexuelle. Elle m'explique que c'est tout simplement dû à leur éducation sexuelle passée : le SIDA était un sujet encore plus tabou qu'aujourd'hui, il n'y avait pas d'information véhiculée pour les jeunes contre le VIH.

Aujourd'hui encore la prévention est timide. La dernière campagne de l'INPES remonte au mois de décembre 2013. Elle avait pour but de réaffirmer l'efficacité et le caractère multiprotecteur du préservatif. Depuis, rien. Ou pas grand chose, le Sidaction a lieu chaque année évidemment, l'association AIDES réalise des clips vidéos de prévention, mais l'intérêt porté par la jeunesse est faible.

Le point de départ

C'est un tweet posté le 3 janvier dernier qui a tout déclenché. "Le rédacteur en chef de Konbini m'a contactée pour me demander si je voulais témoigner" me raconte Lucie. "J'avais un peu peur de l'ampleur que ça pouvait prendre vu l'audience du site internet" poursuit-elle. Finalement elle accepte. Ensuite tout s'est enchaîné. Ils n'ont pratiquement rien modifié de son texte.

Du rejet ? Pas vraiment. Lucie se souvient seulement d'un moment où elle a beaucoup ri. "C'était un jour où j'allais au centre de don du sang pour leur demander de me retirer de la liste de diffusion. La dame voulait connaître la raison, je lui ai répondu que j'étais séropositive. Son visage s'est décomposé !" s'amuse Lucie.

Son traitement thérapeutique empêche le virus de muter, son état est stable mais la prise de médicament quotidienne (tous les 24heures elle ingère trois pilules), fait désormais partie de sa vie. "J'ai plus peur des médicaments que du virus" me dit-elle. "On ne connait pas les effets à long terme..."

Elle m'avoue avoir envie d'intervenir dans des collèges ou des lycées pour témoigner et inciter les plus jeunes à se protéger du VIH pendant un rapport et à se faire dépister avant d'enlever le préservatif avec sa partenaire (ou après un rapport à risque, 4 mois après). On lui souhaite de réussir à convaincre les gens de faire l'amour en illimité, mais sans danger.

Amicalement vôtre,
Yoko

27/01/2015

Révolution des crayons pour la liberté d'expression

Quinze jours après l’attentat qui a décimé une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, la vie a repris son cours. La rue Nicolas-Appert est néanmoins gardée 24h/24 par des policiers armés jusqu’aux dents. Mais l’heure est à l’apaisement. Et malgré les 2 petits degrés de la météo, il règne une ambiance chaleureuse en ce 22 janvier. 

Devenu presque touristique le lieu regorge de témoignages du monde entier. Les bouquets de fleurs et les messages écrits à la main s’entremêlent. La poésie du lieu dénote avec le drame qu’il a vécu deux semaines auparavant. Des mots d’encouragement et de soutien sont placardés sur les murs ou les barrières de sécurité. De nombreux poètes se sont révélés quand d’autres ont "seulement" cité de très célèbres citations comme les mots de Paul Eluard : « Liberté j’écris ton nom ».


Amicalement vôtre,
Yoko

17/01/2015

Film : la Désintégration sorti en 2012, est toujours d'actualité...


« C’est qui ces types que tu vois ? Peut-être qu’ils ont rien dans la tête mais en tout cas ils connaissent parfaitement le fonctionnement de vos têtes. » Ainsi s’exprime Rachid face à son petit frère Ali. Il poursuit : « Ils mélangent le vrai avec le faux pour faire passer le faux. Alors moi je te conseille, ne fais pas que les écouter, fais marcher ta cervelle un petit peu.» La clairvoyance de l’aîné saute aux yeux. Comme un père moralisateur mais bienveillant il tente de sauver son frère d’un embrigadement religieux radical.

C'est le sujet du film de Philippe Faucon, La désintégration, qui sort en 2012. Quelques mois seulement avant que la France connaisse les terribles événements de l’affaire Merah. Mais le film lui, n’est que fiction. Inspiré de la réalité, les clichés s’entremêlent pour finalement révéler certaines vérités, les failles d’une société française actuelle : un père absent, une mère épuisée par un travail peu valorisant, une cité en banlieue de Lille. 
Ali, Hamza et Nasser âgés d’une vingtaine d’années font la connaissance de Djamel. La métamorphose du personnage principal s’établie sous les yeux du téléspectateur qui assiste, impuissant, à l’isolement des trois adolescents manipulés par Djamel, qui s’avère être un fin orateur et un prêcheur radical.

Si des détails ou des incohérences peuvent déranger certains pratiquants musulmans - comme les ablutions mal « faites » ou certains discours qui sonnent faux, le film délivre un message de paix évident. « Paix, amour et partage sont les valeurs de l’islam » assure l’imam qui prêche lors de la cérémonie de l’Aïd, au début du long métrage. C’est une des premières phrases qui ancre le film dans une dynamique apaisante. Volontairement simpliste, le scénario montre le destin d’un homme faible d’esprit qui se réfugie dans la violence pour trouver un sens à sa vie.

Le film est à voir, en gardant à l’esprit que ces images un peu « clichées », sont au service d’un discours préventif contre de telles radicalisations de l’esprit. Dans le contexte actuel, il permet de comprendre le cheminement de certains français qui dérivent.

La Désintégration, 
de Philippe Faucon

Amicalement vôtre,
Yoko

Non, Zaz n'est pas une voleuse

Assez ! 
Pourquoi les Français s'entêtent-ils à critiquer ceux qui finissent par réussir ? Pourquoi ont-ils nécessairement besoin de développer une montagne de jalousie vis à vis de ces personnes qui côtoient le succès ? C'est une question que je me pose de plus en plus, dans cette société où les frustrés, les envieux, s’agglutinent comme des mouches au dessus d'une crotte de chien.

Las de ces polémiques inutiles, je ressens le besoin de dire ce que je pense.
40 000€ ça peut paraître énorme ! D'ailleurs j'étais curieuse de comprendre le pourquoi du comment. C'est pour ça que j'ai lu les articles qui critiquaient la chanteuse. "Comment ça elle chante "je veux d'l'amour d'la joie de la bonne humeur, c'est pas votre argent qui f'ra mon bonheur" et elle empoche 40 000€ pour un concert privé ?" 
Et bien OUI et c'est bien normal. 

Rappelons deux droits petites choses :

- Zaz n'est pas auteur/compositeur. Elle n'est (que) interprète. Autrement dit, les personnes qui se font du fric à chaque fois qu'elle chante, que son titre est diffusé à la radio, sont nombreuses (et à elles on ne dit rien). Elle ne perçoit donc pas de droits d'auteurs. Vous allez me dire "oui m'enfin elle doit bien vivre hein". Peut-être. Mais combien de personnes embauche-t-elle ? Combien de tour-bus fait-elle bouger ?

- A-t-on la moindre information qui confirmerait que ces 40 000€ seront directement placés bien au chaud dans un compte en Suisse ? Ou cet argent sera-t-il juste touché et imposé par la suite ?

- Saviez-vous que Julien Doré, à la fin de sa tournée, a payé une journée de Thalasso a toute son équipe ? C'est peut-être à ça aussi que peut servir cet argent.

Il est bien trop facile de toujours critiquer sans chercher plus loin que le bout de son nez. Et quand bien même Zaz gagne beaucoup d'argent... qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?

Amicalement vôtre,
Yoko

08/01/2015

"J'ai le choix de dire non à un sujet" Emilie Lançon, est journaliste indépendante.

Émilie Lançon est embauchée en 1998 comme reporter à la Rédaction de France 2. Elle y restera treize ans. Aujourd’hui elle travaille comme journaliste indépendante et se consacre au documentaire. Rencontre avec une passionnée.

Emilie Lançon
Vous avez hésité entre votre passion pour la photographie et le journalisme, qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette seconde branche ?
Je me suis dit, pas tout à fait à raison, que c’était plus facile de gagner sa vie en faisant du journalisme, que c’était moins aléatoire que dans la photographie. C’est la première raison. Et puis, j’ai aussi pensé que je ne m’ennuierai jamais en devenant journaliste et que je trouverai toujours des sujets intéressants à traiter, tant l’étendue des possibilités est vaste. A l’inverse, dans la photographie, il y avait de nombreuses choses qui ne m’intéressaient pas. Du coup, cela réduisait pas mal mon terrain de jeu alors même que je savais que le secteur était extrêmement concurrentiel. J’avais aussi conscience que beaucoup de photographes très talentueux peinaient à gagner leur vie. Je me sentais moins douée que beaucoup d’entre eux et j’ai pensé qu’il n’était pas raisonnable d’emprunter ce chemin.

Aujourd’hui vous êtes à la fois journaliste et photographe puisque vous avez exposé vos clichés l’année dernière. Vous exprimez des regrets quant à votre choix professionnel ?
Je n’ai aucun regret. C’est un métier merveilleux qui permet de comprendre le monde, de rencontrer des gens extrêmement différents et de ne pas avoir de quotidien (rires). Je ne me voyais pas enfermée dans un bureau. Les reportages nous amènent à voyager, même dans notre propre vie. Et puis j’adore écrire. Il ne faut pas oublier que le journalisme à la télévision reste avant tout un métier d’écriture.

C’est votre goût pour la photographie qui vous a incitée à vous diriger vers le reportage TV ?
C’est la principale raison, oui. J’aime l’image, le visuel. Mais c’est également parce que déjà, à mon époque, on me disait que le journalisme était bouché. Je savais qu’il y avait plus de débouchés en télévision. Mais sachez qu’il y a toujours du travail pour ceux qui le veulent vraiment. C’est dur mais on y arrive.

Après treize ans passés au sein de de France 2, d’abord stagiaire puis journaliste au JT, au service politique ou encore reporter pour le magazine Complément d’enquête, vous démissionnez. Qu’est ce qui a motivé votre départ de la chaîne?
Ce que je ne savais pas, et c’est surement le cas des jeunes journalistes, c’est que la liberté dans ce métier est relative. On ne choisit pas forcément ni le sujet que l’on veut traiter ni la voie que l’on veut emprunter pour le traiter. Parce que les différentes émissions vous imposent des angles, des styles, des manières de faire… C’est normal, et à l’intérieur de ce cadre on peut s’épanouir mais au bout d’un moment on aspire à autre chose. Je pense que c’est une réflexion qui ne vient pas tout de suite mais plutôt avec l’âge. C’est logique puisqu’au début on apprend les techniques. Mais une fois que l’on maitrise l’outil, c’est à ce moment-là qu’on éprouve le besoin de l’utiliser d’une manière plus personnelle. Et puis même si France 2 est une grande structure, après treize années dans une même rédaction on en commence à en connaitre le fonctionnement et je souhaitais me confronter à d’autres façons de faire, de penser et surtout, à d’autres formats. J’avais envie de découvrir d’autres cultures journalistiques. Et puis j’étais aussi à un âge où je me suis dit « si tu ne changes pas maintenant ça va être compliqué par la suite ».

Depuis 2011 vous travaillez donc comme journaliste indépendante. Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Aujourd’hui j’ai le choix de dire non à un sujet, ou au contraire de choisir un sujet qui me plait vraiment. C’est la liberté de choisir ce que je fais et avec qui je le fais. Cela me permet d’aller vers des univers qui m’ont toujours attirée, comme par exemple l’histoire et le documentaire historique. J’ai toujours beaucoup aimé ce domaine et j’ai d’ailleurs obtenu une maîtrise d’histoire avant d’entrer au Centre de Formation des Journalistes (CFJ).


05/01/2015

Hommage à Camille Lepage

En vacances à Angers pendant deux semaines j'en ai profité pour me promener dans le centre ville. Entre les chalets de Noël et les magasins, le Grand Théâtre avait ouvert ses portes pour une exposition rétrospective consacrée à la jeune photojournaliste Camille Lepage décédée en 2014 alors qu'elle faisait un reportage en Centrafrique. L'angevine avait été retrouvée morte lors d'une opération de patrouille de l'armée Sangaris à 450Km nord-ouest de Bangui, le 12 mai dernier. C'est sa famille, par le biais d'une association Camille Lepage - on est ensemble, qui est à l'origine de cet hommage.

Plus de 70 photos sont réunies pour l'occasion et sont exposées avec un court résumé. Quelques lignes écrites par Camille Lepage elle-même. Du Sud Soudan à la Centrafrique, elle a capté des moments de joie comme des moments de peine et de grande détresse. Certaines photos restent en tête même quelques jours après. On garde en mémoire l'esthétique de ses clichés mais aussi le message associé. Quatre photos sont particulièrement dures. L'une d'entre elles représente quatre victimes, dont les pieds et les mains sont coupés, allongées sur le sol face à leurs bourreaux. C'est d'une violence inouïe, j'en ai presque eu les larmes aux yeux.

L'exposition très émouvante verse cependant légèrement trop dans l'émotionnel à mon goût. Un parti pris annoncé puisque l'exposition a été organisée par la famille. Le contenu reste captivant. Preuve en est, le Grand Théâtre a prolongé l'exposition initialement prévue jusqu'au 28 décembre, jusqu'au 11 janvier.

Voici quelques clichés de Camille Lepage avec leurs légendes :

Centrafrique, 16 février 2014
Bangui: un soldat français vise un agitateur, pendant que deux garçons se cachent derrière le mur d'une maison.

Sud Soudan, novembre 2012
Après le bombardement du village de Kauda, un couple marche dans les cendres d'une maison.

Le Caire, août 2011
Camille Lepage avec des enfants : la photo comme langage universel. Photo prise par son ami Ahmed Hayman

Sud Soudan, août 2013
Juba - défilé de mode : la salle à manger est transformée en atelier de mode. Les créateurs et mannequins travaillent tous ensemble pour trouver la meilleure tenue pour chacune.

Amicalement vôtre,
Yoko